Un jour (1), alors
qu'avec ma sœur et une autre fille plus âgée que nous, nous travaillions à
la couture,
nous avons aperçu trois individus venant dans notre direction. Deolinda,
comme si elle pressentait quelque chose, m'a dit de fermer la porte du
salon. Quelques instants après, nous avons entendu des pas dans les
escaliers et ensuite quelqu'un frapper à la porte.
— Qui est là ? — a demandé ma sœur. Et l'un d’eux,
qui avait été mon patron, nous a demandés d'ouvrir, sans plus.
— Il n'y a pas de travail pour vous ici, donc, pas question d'ouvrir,
— a rétorqué Deolinda.
Après quelques instants de silence, nous avons entendu que le même individu
montait par l'échelle qui de l'étable, par une trappe, donnait dans le
salon. Effrayées, nous avons tiré la machine à coudre sur cette trappe.
Le voyou, se rendant compte que la trappe était fermée, a
commencé à frapper de grands coups de marteau sur celle-ci, jusqu'à soulever
quelques planches et à pratiquer un passage, par lequel il a pénétré dans le
salon.
Deolinda, en voyant cela, a ouvert la porte et, est parvenue à s'enfuir,
bien que les autres deux qui dehors l'attendait, aient essayé de la retenir,
en tirant sur ses vêtements.
L'autre fille l'a suivie, mais ils l'ont attrapée.
Devant cette scène, je me suis vue perdue. J'ai regardé autour de moi et,
désespérément je me suis accrochée à la fenêtre qui était ouverte et sans la
moindre hésitation j'ai sauté (2) en
bas, en tombant lourdement. J'ai voulu me relever aussitôt, mais je ne le
pouvais pas ; une douleur lancinante traversait mon épine dorsale.
Nerveuse, dès que j'ai pu me relever, j'ai ramassé par terre un piquet et je
suis partie, pour essayer de défendre ma sœur entouré par les deux plus
âgés, tandis que notre amie, dans le couloir, luttait avec le troisième. Je
n'ai plus pensé qu'à les défendre.
— Hors d'ici ! — a été mon premier cri.
Cela a été comme un éclair, le voyou qui se trouvait dans le couloir, a pris
peur et a laissé immédiatement la jeune fille. C'est alors seulement, que je
me suis rendu compte que j'avais perdu une bague en or, lors de la chute.
— Chiens ! À cause de vous j'ai perdu ma bague...
Tout de suite l'un d'eux, enlevant une bague de son doigt, me l'a
présentée, en disant :
— Tiens, prends celle-ci, ne te fâche pas contre moi...
— Je n'en veux pas ! — lui ai-je répondu, indignée —
débarrasse le plancher tout de suite... immédiatement !
Ils se sont retirés. Et nous, excitées et haletantes, nous sommes
retournées à notre travail.
De tout ceci, moi et ma sœur, n'avons soufflé mot à personne, afin d'éviter
une tragédie. Toutefois ma mère, par la suite, a fini par l'apprendre, de la
bouche de notre amie (3).
Quelque temps après, j'ai commencé à souffrir de plus en plus. Tous disaient
que c’était à cause du saut que j’ai fait en bas de la fenêtre. Même les
médecins, plus tard, ont confirmé que ce saut a dû contribuer à aggraver mon
infirmité.
J’ai encore travaillé pendant quelques mois, même si avec
beaucoup de difficulté. Par la suite, j’ai été obligée d’arrêter et, avec
répugnance, j’ai du me soumettre aux soins des médecins qui m’ont
diagnostiqué diverses maladies. Tous avaient de la peine pour moi. J’ai
souffert uniquement pour mes maux physiques, mais ceci dura peu de temps.
Mes plus grands amis, les familiers et même Monsieur le Curé (4)
se sont retournés contre moi : plusieurs personnes se moquaient de mon
allure, par la posture que, forcément, je prenais à l’église. Monsieur
l’abbé m’accusait de ne pas manager suffisamment par caprice et menaçait
que, si je mourrais, je serais damnée. Lorsque je me confessais, il me
disait que c’était celui-là mon péché le plus grave. Combien j’en ai
souffert! Je ne me confiais qu’au Seigneur.
Lors du trajet, de la maison à l’église, j’avais l’habitude de m’arrêter
pour regarder les montagnes et j’étais quelques fois, tentée de fuir dans un
lieu où personne ne puisse me voir. Ce n’est que par la grâce de Dieu que je
ne l’ai pas fait. Combien j’ai pleuré.
Je ne me souviens pas très bien de la durée de cette période
d’incompréhension; en tout cas, moins d’un an. Après, étant donné que mon
état empirait, Monsieur l’abbé lui-même a conseillé à ma mère de
m’accompagner chez un médecin de sa connaissance. Ce fut lui qui m’a libérée
de mon martyre, en expliquant à ceux qui lui en posaient la question, que je
ne mangeais pas parce que je ne le pouvais pas. Même s’il ne lui a pas été
possible de se faire une idée exacte de toutes mes souffrances, il s’est
montré très compréhensif.
J’ai été libérée de cette souffrance, mais le Seigneur m’en a donné une
autre bien plus grande (5). Seuls Jésus,
et, quelque temps plus tard, mon directeur spirituel, en ont eu
connaissance.
J’ai passé six ans entre le lit et la couchette. Une fois, cinq mois se sont
passés sans que je puisse me lever, mais toujours dans cette souffrance
spirituelle, que j’ai dû supporter pendant près de douze ans, sans jamais la
révéler à personne.
Me trouvant seule, prisonnière de mon lit, je regardais en larmes, le
tableau du Sacré-Cœur de Jésus : je le suppliais de me libérer de ce
tourment et de me donner des lumières sur ce que je devais faire. Je me
recommandais aussi à la Maman du ciel afin qu’elle intercède en ma faveur.
À l’âge de 16 ans, je suis allée à Póvoa, en compagnie de
Deolinda, pour une cure marine. Un jour, alors que je me rendais à l’église,
un militaire m’a abordée, m’adressant des galanteries. Je me suis vite
esquivée, mais, comme il ne me lâchait pas, je lui ai dit d’attendre la fin
de sa faction. Mon idée était de changer de chemin et de pouvoir m’en
libérer. Sortant de l’église, très prudemment, et ne l’ayant pas vu, j’ai
repris le même chemin. A un certain moment, je l’ai trouvé en face de moi,
sans même savoir d’où il était venu.
— Mademoiselle, vous souvenez-vous de ce que vous m’avez promis ?
Et, ce disant, il prétendait m’accompagner à la maison. Je me suis
arrêtée et j’ai été très franche avec lui :
— Je suis malade et en plus... ma mère ne veut pas que j’aie un fiancé !
Il n’en a pas été convaincu. Par chance, Deolinda est arrivée. Croyant
que je flirtais, elle m’a reprise sèchement. Je ne suis plus jamais passée
par ce chemin et tout s’est ainsi terminé.
À un autre jeune qui me faisait allusion au mariage, j’ai répondu :
— Je ne renonce ni à ma mère ni à Deolinda, pour un homme.
Monsieur le Curé, ayant su que je plaisais à un jeune homme, m’a dit un
jour :
— Si tu veux, je peux m’occuper de la chose...
Je lui ai répondu :
— Dans ma situation, vous parait-il que je puisse me permettre de penser
à une pareille affaire ?
Pour dire vrai, je savais et je sentais que j’étais
malade, mais en plus, l’envie de contracter le mariage me manquait, même si
quelques fois je me disais que si j’étais mère, j’éduquerais mes enfants
très chrétiennement.
En avril 1925 (6), je
suis allée au lit, pour toujours (7).
Plus personne ne me disait :
—
Courage, tu te relèveras !
Le médecin João de Almeida, de Porto, a prévenu ma mère qu’il craignait
une telle paralysie.
Ma sœur, qui faisait de la couture, est devenue en plus mon infirmière, car
maman travaillait dans les champs.
J’ai eu des moments de découragement, mais jamais de désespoir. Rien ne me
retenait à ce monde. J’éprouvais, malgré tout, une certaine nostalgie de mon
petit jardin, parce que les fleurs me plaisaient. Mais, je pourrais encore
les voir, quelques fois, dans les bras de ma sœur.
J’avais un grand regret de ne plus pouvoir aller à l’église: pour la fête du
Sacré-Cœur, ou quand il y avait une Messe chantée, je pleurais beaucoup. Ma
sœur, qui faisait partie de la chorale, me voyant les larmes aux yeux, me
disait :
— S’il t’était possible d’aller à la messe, je te chargerais volontiers
sur mes épaules et je t’y emmènerais.
Et, elle aussi pleurait.
Mais, je m’étais accommodée à la volonté du Seigneur.
Petit à petit, je me suis habituée à mon lit et la nostalgie s’est dissipée.
Pour me distraire, dans les premiers temps, je jouais aux cartes avec
quelqu’un, ou toute seule. Je regrette de ne pas avoir, dès lors, les mêmes
pensées que maintenant: vivre unie à mon Dieu par l’esprit.
J’ai même fait des promesses pour obtenir la guérison. Ma mère, ma sœur et
mes cousines ont fait les mêmes promesses. J’ai fini par comprendre que le
Seigneur me voulait malade, c’est pourquoi je ne lui ai plus demandé de
guérir. Je suis arrivée, plusieurs fois, très résignée, aux portes de la
mort. De la médecine, je n’ai d’autre soulagement que quelques piqûres de
morphine.
Chaque année je célébrais le mois de Marie. Je préférais
le
célébrer toute seule: je méditais, chantais,
pleurais en demandant à la
Maman du ciel de me délivrer de cette tribulation qui me faisait tant
souffrir (8).
J’avais l’habitude de chanter le “Tantum ergo”, comme si j’étais à
l’église. N’ayant pas Jésus (9) à la
maison, ni prêtre pour me donner la bénédiction, je priais le Seigneur, que
ce soit lui, du ciel et de ses tabernacles, qui me la donne. Moments de
bonheur ! J’avais l’impression que toutes les bénédictions et l’amour du
Seigneur tombaient sur moi. Et alors, je recueillais dans mon cœur toute ma
famille et les personnes chères.
Dans les premières années de ma maladie, de la maison de Monsieur le Curé,
on m’apportait, au début du mois de mai, une statuette du Cœur de Marie qui,
à regret, je restituais à la fin du mois. C’est ainsi que j’ai pensé à en
acquérir une, mais, comme je n’en avais pas les moyens, j’ai été aidée par
diverses personnes. Une amie m’a même donné quelques poulettes que Deolinda
éleva jusqu’à ce qu’elles pondent et ensuite couvent ; les poussins ayant
été vendus ensuite, j’ai pu acheter la statuette ainsi que le globe de
verre. Je ne sais pas exprimer la joie que j’ai ressentie à ce moment-là:
avoir une Sainte Vierge à moi toute seule... pouvoir la contempler nuit et
jour !...
J’ai été informée des miracles qui s’opéraient à Fatima.
En 1928, plusieurs personnes de la paroisse sont parties en pèlerinage à la
Cova da Iria. A cette occasion, même moi, j’ai souhaité partir. Le Médecin (10)
et Monsieur le Curé (11) ne m’y ont pas
autorisée, car le voyage était long et moi, je ne supportais même pas que
l’on me touche, étant dans mon lit. Quelqu’un me conseilla de demander la
guérison et d’aller ensuite à Fatima, en action de grâces pour celle-ci. Le
Médecin me dit même que si le miracle s’accomplissait, il témoignerait sans
la moindre hésitation.
Cette même année, Monsieur l’Abbé, qui était allé, lui aussi à la Cova da
Iria, m’a fait, au retour, cadeau d’un chapelet, d’une médaille et du “Manuel
du Pèlerin”, tout en me conseillant de faire une neuvaine à Notre-Dame.
J’en ai fait plusieurs, tout en chantant les louanges mariales imprimées
dans le “Manuel” (12).
A ceux qui me visitaient, j’avais l’habitude de dire :
— Si un jour vous me revoyez dans les rues et m’entendez chanter,
dites-le à tous: c’est Alexandrina qui remercie Notre-Dame.
C’était ma foi en Jésus et Marie que me faisait parler de la sorte.
D’autres fois, je pensais que si j’étais guérie, je me ferais religieuse,
car je n’avais aucun attrait pour le monde; que je ne retournerais plus
revoir ma famille; que je me ferais missionnaire afin de pouvoir baptiser
beaucoup de noirs et de ramener beaucoup d’âmes à Jésus.
N’ayant pas obtenu la guérison, j’ai compris que je me faisais des
illusions, et mes désirs de guérison ont disparu pour toujours. J’ai
commencé alors à ressentir de plus en plus le besoin d’aimer la souffrance
et de ne penser qu’à Jésus.
Un jour, alors que j’étais seule et que je pensais à
Jésus dans les tabernacles, je lui ai dit :
— Mon bon Jésus, Vous êtes emprisonné. Moi aussi, je le suis.
Nous sommes tous deux incarcérés. Vous, pour mon bien et moi, enchaînée par
Vous. Vous êtes Roi et Seigneur de tout. Moi, je ne suis qu’un ver de terre.
Je Vous ai négligé, ne pensant qu’aux choses du monde qui ne sont que
perdition pour les âmes, mais, maintenant, le cœur contrit, je ne veux que
ce que Vous voudrez, je veux souffrir avec résignation. Ne me laissez pas
sans votre protection.
À partir de ce temps-là, je demandais au Seigneur l’amour de la
souffrance et, sans bien savoir comment, je me suis offerte à lui comme
victime. Le Seigneur m’a accordé cette grâce dans une proportion si
importante qu’aujourd’hui, je n’échangerais la souffrance contre tout ce qui
peut exister dans le monde. Aimant la douleur, je me sentais heureuse
d’offrir à Jésus mes peines. Consoler Jésus et lui sauver des âmes, voilà ce
qui me préoccupait.
Les forces physiques m’ayant quittée, j’ai abandonné les distractions et, à
travers la prière qui me procurait un vrai réconfort, je me suis habituée à
vivre dans une intime union avec le Seigneur. Quand les visiteurs me
dissipaient un peu, je m’attristais de ne pas avoir pensé à Jésus.
Par amour pour Jésus et la Maman du ciel, je me suis habituée à faire de
petits sacrifices : renoncer à me regarder dans la glace ; ne pas parler,
pour combattre ma volonté de parler et vice versa ; veiller pendant la nuit
pour tenir compagnie à Jésus; ne pas éloigner les mouches qui me
tourmentaient, etc..
Je ne recevais pas la Communion fréquemment (13),
mais je vivais le plus possible unie à Jésus. Pour honorer Jésus et la Maman
du ciel, j’ai écrit sur des morceaux de papier et sur des images pieuses,
cette prière :
— Jésus, je vous aime de tout mon cœur. Ayez pitié
de cette pauvre malade. Prenez-la auprès de vous, quand vous voudrez. Mon
bien aimé Jésus, souvenez-vous, je suis une grande pécheresse.
Mon cher Jésus, j’aimerais aller vous visiter dans vos tabernacles, mais je
ne le peux pas; ma maladie me tient clouée à mon lit. Que votre volonté soit
faite. Accordez-moi, au moins, que pas un seul instant ne passe sans que je
vienne en esprit dans vos tabernacles, pour vous dire : “ mon Jésus, je veux
vous aimer, je veux me brûler à la flamme de votre Amour, prier pour les
pécheurs et pour les âmes du Purgatoire” (14).
Sur la couverture d’une brochure, j’ai écrit en mai
1930 :
— Ma chère Maman du ciel, venez dans les
Tabernacles de votre et mon Jésus; présentez-Lui mes prières et rendez plus
efficaces mes suppliques. O refuge des pécheurs, dites à Jésus que je veux
être sainte. Dites-Lui aussi que je veux beaucoup de souffrances, mais qu’Il
ne me laisse pas seule rien qu’une minute. Je dois toutefois m’humilier, car
je ne suis rien, je ne possède rien et je ne vaux rien. Dites-Lui que je
l’aime beaucoup et que je veux l’aimer encore davantage. Je veux mourir
enflammée d’amour pour vous et pour Jésus. Oui, parlez-Lui beaucoup de moi,
présente-Lui toutes mes demandes ! J’ai confiance, oui, j’ai confiance en
vous ! O Marie, donnez-moi le ciel !
Au petit matin je commençais mes prières par le signe de
Croix. Ensuite, je m’unissais à Jésus au Saint-Sacrement et je faisais ma
Communion spirituelle. Je continuais, en disant :
— Cœur Sacré de Jésus, je Vous consacre ma journée.
Je récitais cette prière jaculatoire trois fois. Et j’ajoutais :
— O Jésus, donnez-moi votre bénédiction! Je veux être sainte.
Ensuite je demandais la bénédiction de la très Sainte-Trinité, de
Notre-Dame, de saint Joseph de tous anges, saints et saintes du ciel, en
disant :
— Avec votre bénédiction, je ne craindrai rien ; je serai sainte, comme je
le désire ardemment.
Ensuite je récitais trois Gloria et j’offrais les actions de la journée en
récitant la prière : « Je vous offre, ô mon Jésus, en union, etc. ».
Pater, Ave, Gloria. « Cœur sacré de Jésus qui nous aimez tant, faites que
je vous aime de plus en plus. » Je récitais aussi le Credo et, ensuite
j’ajoutais :
— O mon Jésus, je m’unis spirituellement, maintenant et pour toujours,
à toutes les saintes Messes qui, de jour comme de nuit, sont célébrées sur
toute l’étendue de la terre. Jésus, immolez-moi avec vous au Père éternel
pour les mêmes intentions que vous-même, vous offrez.
Me tournant ensuite vers Notre-Dame, je lui disais :
— Je vous salue, Marie, pleine de grâce !... Je vous salue, ô pleine
de grâce, ma Petite-Maman du ciel, je veux être sainte; bénissez-moi et
demandez à Jésus de me donner sa bénédiction !
Je me consacrais à Elle de cette façon :
— Petite-Maman chérie, je vous consacre mes yeux, mes
oreilles, ma bouche, mon cœur, mon âme, ma virginité, ma pureté, ma
chasteté. Acceptez-en tout, ma chère Petite-Maman ! Vous êtres le dépôt béni
de toute notre richesse. Je vous consacre mon présent et mon avenir, ma vie
et ma mort, tout ce que l’on me donnera, toutes les prières et les offrandes
que l’on fera pour moi.
Ouvrez vos bras et enlacez-moi. Serrez-moi contre votre Cœur très saint,
couvrez-moi de votre manteau; acceptez-moi comme votre fille très aimée et
consacrez-moi toute à Jésus. Renfermez-moi pour toujours dans son divin Cœur
et aidez-le vous-même à crucifier mon corps et mon âme: que rien, dans
celui-ci ne subsiste qui ne soit crucifié. Ma Petite-Maman, rendez-moi
humble, obéissante, pure, chaste d’âme et de corps. Transformez-moi en
amour; consumez-moi dans les flammes de l’amour de Jésus...
Maman chérie, demandez pardon pour moi à Jésus; dites-Lui que c’est l’enfant
prodigue qui retourne à la maison de son Père, disposée à le suivre, à
l’aimer, à l’adorer, à lui obéir, à l’imiter. Dites-lui que je ne veux plus
l’offenser.
Ma Petite-Maman du ciel, inspirez-moi une douleur si grande de mes péchés;
que mon repentir soit tel, que je devienne pure, que je devienne comme un
ange, pure comme lors de mon baptême, afin que par ma pureté, je mérite la
compassion de mon Jésus; que je puisse le recevoir sacramentellement chaque
jour et le posséder toujours en moi, jusqu’à mon dernier soupir.
Maman chérie, venez avec moi dans tous les Tabernacles du monde, dans tout
lieu où Jésus habite sacramentellement. Présentez-lui mon humble oblation. O
comme Jésus sera content de l’offrande la plus pauvre, la plus misérable, la
plus indigne, mais remise par vous, combien plus de valeur n’aura-t-elle pas
auprès de votre et mon Jésus !...
Ma douce Petite-Maman, je veux aller de Tabernacle en Tabernacle demander
des grâces à Jésus, comme l’abeille qui va de fleur en fleur pour cueillir
le nectar !
Ma tendre Maman, je veux devenir comme un rocher d’amour devant sa demeure,
afin que nul ne parvienne à blesser son Cœur et ne renouvelle ses Plaies et
sa Passion.
Maman chérie, parlez à Jésus par mon cœur et par mes lèvres; rendez mes
prières plus ferventes, mes demandes plus efficaces.
O mon Jésus, je me consacre toute à vous. Que votre Cœur me soit grand
ouvert. Permettez que je rentre dans cette Fournaise ardente, dans ce Feu
brûlant. Fermez-le sur moi, mon bon Jésus ; que j’y demeure pour y rendre
mon dernier soupir (15) enivrée
de votre divin Amour. Ne souffrez pas que je me sépare de vous sur la terre,
sinon pour m’unir à vous, éternellement, dans le ciel.
O mon cher Jésus, je m’unis, en esprit, à partir de ce moment et pour
toujours, à toutes les Hosties contenues dans tous les ciboires de la terre,
dans chaque lieu où vous habitez sacramentellement. C’est là que je veux
passer tous les moments de ma vie, constamment, de jour comme de nuit, dans
la joie ou la tristesse, seule ou accompagnée, à vous consoler, à vous
adorer, à vous aimer, à vous louer, à vous glorifier. O mon Jésus,
j’aimerais faire tomber, continuellement, sur vous, de jour comme de nuit,
autant d’actes d’amour que de gouttes de pluie fine tombent sur la terre. Je
voudrais que toutes les créatures de la terre en fissent de même, afin que
vous soyez aimé de tous. Écoutez ces vœux de mon cœur et acceptez-les comme
si déjà je vous aimais.
O Jésus, je voudrais qu’il n’y eût pas un seul Tabernacle dans le monde, en
tout lieu où vous habitez au Saint-Sacrement, où je ne fus à vous redire,
sans cesse, à chaque instant de ma vie: Jésus, je vous aime; Jésus, je suis
toute à vous. Je suis votre victime, la victime de l’Eucharistie (16),
la petite lampe de vos prisons d’amour, la sentinelle de vos Tabernacles !
O Jésus, je veux être victime pour les prêtres, victime pour les pécheurs,
victime de votre amour, de ma famille, de votre sainte Passion, des Douleurs
de la Petite-Maman, de votre Cœur, de votre sainte Volonté ; victime du
monde entier! Victime pour la paix, victime pour la consécration du monde à
la Maman chérie...
O Jésus, maintenant, je vais inviter la Maman bénie. C’est Elle qui va vous
parler pour moi et je reprendrai ensuite.
Je vous salue, Marie, pleine de grâce ! Je vous salue, ô pleine de grâce !
Ma Petite-Maman, venez avec moi dans tous les Tabernacles. Venez couvrir
Jésus d’amour. Offrez-Lui tout ce qui se passera en moi, tout ce que je lui
offre habituellement, tout ce que l’on peut imaginer comme autant d’actes
d’amour à Notre-Seigneur au très Saint-Sacrement !
Je disais trois fois :
— Grâces et louanges soient rendues, à tout moment, à Jésus au très
Saint-Sacrement.
Je faisais ensuite la Communion spirituelle déjà décrite, puis je
demandais à Notre-Dame de répéter, pour moi, à son Fils Bien-Aimé :
— O Jésus, voila la Petite-Maman chérie, écoutez-la; c'est Elle
qui va vous parler pour moi. Et vous, Maman chérie, emportez mes baisers,
d'innombrables baisers, d'innombrables caresses et marques de tendresse à
tous les Tabernacles du monde.
Tout pour Jésus-Hostie !
Tout pour la très Sainte-Trinité, tout pour vous, douce et tendre Maman.
Multipliez mes baisers, multipliez-les et, avec une tendresse et un amour
pur et saint, avec un amour sans bornes, avec une immense nostalgie,
offrez-les de la part de celle qui ne peut pas se déplacer jusqu'aux
tabernacles.
O Jésus, je veux que chacune de mes douleurs, chaque battement de mon cœur,
chacune de
mes respirations, chaque seconde de ma vie, chaque minute, soient
autant d'actes d'amour pour vos Tabernacles.
Je veux que chaque mouvement de mes pieds, de mes mains, de mes lèvres,
de ma langue, chacune de mes larmes, chaque sourire, joie, tristesse,
tribulation, distraction, contrariété ou ennui, soient autant d'actes
d'amour pour vos Tabernacles.
O Jésus, je veux que chaque lettre des prières que je récite ou entends
réciter, toutes les paroles que je prononce ou entends prononcer, que je lis
ou entends lire, que j’écris ou vois écrire, que je chante ou entends
chanter, soient autant d’actes d’amour pour vos Tabernacles.
Je veux que chaque baiser que je déposerai sur vos saintes images,
celles de la votre et ma sainte Mère, celles de vos saints et saintes,
soient autant d’actes d’amour pour vos Tabernacles.
O Jésus, je veux que chaque goutte de pluie qui tombe du ciel sur la
terre, que toute l'eau des océans et tout ce qu'ils renferment, que toute
l'eau des fleuves et des rivières, soient autant d'actes d'amour pour vos
Tabernacles.
Je vous offre les feuilles de tous les arbres, et tous les fruits que
sur eux mûrissent ; chaque pétale de toutes les fleurs ; toutes les graines
que contient le monde ; tout ce qu'il y a dans les jardins, dans les champs,
dans les vallées, sur les montagnes: tout cela je veux vous l'offrir comme
autant d'actes d'amour pour vos tabernacles.
O Jésus, je vous offre les plumes des oiseaux et leurs gazouillements,
les poils des animaux et leurs cris, comme autant d'actes d'amour pour vos
Tabernacles.
O Jésus, je vous offre le jour et la nuit, la chaleur et le froid, le
vent, la neige, la lune, le clair de lune, le soleil, les étoiles du
firmament, mon sommeil et mes rêves, comme autant d'actes d'amour pour vos
Tabernacles.
Je veux que chaque fois que j'ouvre ou ferme les yeux, ce soit autant
d'actes d'amour pour vos Tabernacles.
O Jésus, je vous offre toutes les grandeurs,
richesses et trésors du monde, tout ce qui se passe en moi, tout ce que j'ai
l'habitude de vous offrir, comme autant d'actes d'amour pour vos
Tabernacles.
O Jésus, le ciel et la terre, l'océan et tout ce qu'ils contiennent, je
vous les offre comme s'ils m'appartenaient et si je pouvais en disposer;
acceptez-les comme autant d'actes d'amour pour vos Tabernacles”.
Pendant que je faisais cette offrande à Jésus, je me
sentais ravie, d’une façon que je ne sais pas expliquer, et en même temps je
ressentais une forte chaleur qui semblait m’embraser. Cela me parut étrange,
car les journées étaient plutôt froides et, émerveillée, j’ai même regardé
si mon corps ne transpirait pas. C’est comme si l’on m’embrassait
intérieurement (17).
Cela me fatiguait assez.
Je crois que c’est à l’une de ces occasions que j’ai
senti cette inspiration du Seigneur : « Souffrir, aimer, réparer »
Je me souviens que bien souvent je demandais au Seigneur :
— O mon Jésus, que voulez-Vous que je fasse ?
Et à chaque fois je n’entendais que ces paroles : “souffrir, aimer,
réparer”.
1) Samedi saint de 1918.
2) Il y a environ 4 mètres entre le rebord de la fenêtre et le sol du
jardin, à l'extérieur.
3) Lors des enquêtes diocésaines sur les vertus d'Alexandrina, pour le
procès de béatification, le Père Umberto interrogea cette dame, Rosalina
Gonçalves, qui lui confirma tout ce que la servante de Dieu avait écrit dans
son autobiographie. Deolinda, elle aussi, témoigna à ce sujet. Sa
déclaration fut insérée, à son insu, par le vice-postulateur Dom Ettore
Calovi.
4) Le Père Manuel Araujo.
5) Le Père Umberto Pasquale, deuxième directeur spirituel de la servante de
Dieu, réussit à connaître, en 1965, la nature exacte de cette “souffrance
bien plus grande”. Voici ce que Deolinda lui expliqua, à cette date: “Quand
le Père Mariano Pinho prit la direction spirituelle de ma sœur, il
m’ordonna, sans m’expliquer pourquoi, de ne pas laisser Alexandrina toute
seule lors des visites du prêtre NN”. En effet, ce prêtre NN, attenta,
plusieurs fois à la pureté d’Alexandrina. Celle-ci, par respect pour le
sacerdoce, se défendit toute seule et n’en parla qu’à son directeur
spirituel. Comme quoi...
6) C’était le 14 avril 1925.
7) Quelques mois auparavant, en 1924, Alexandrina, au prix d’un grand
sacrifice, se rendit à Braga, avec sa sœur Deolinda et leur mère, afin de
participer au Congrès eucharistique nationale. Elle ne put assister qu’à
très peu de cérémonies, à cause de ses douleurs, mais elle en fut très
heureuse.
8) Elle fait référence ici à cette tribulation dont elle a parlé et qu’elle
garda secrète très longtemps, avant de la révéler à son Père spirituel, le
Père Mariano Pinho, lequel prit les directives qui s’imposaient en pareil
cas.
9) Jésus eucharistique, bien entendu.
10) Son médecin était à cette période-là le docteur João Alves Ferreira, de
Macieira de Rates, petit village aux des alentours de Balasar.
11) Il s’agit du Père Manuel de Araujo qui fut curé de Balasar jusqu’au mois
de juillet 1932.
12) L’image de la Vierge, imprimée en première page, porte des signes
évidents des milliers de baisers que la servante de Dieu y à déposé...
13) Elle n’osais pas déranger le curé. Elle communiait le premier vendredi
du mois et à l’occasion des fêtes, quand le curé apportait Jésus aux autres
malades.
14) Prière en date de 1930.
15) Le prêtre qui l’assista, dans sa dernière agonie, lui suggéra la prière:
“Très Sainte Trinité, etc.”; “Mon Dieu, dans votre Cœur je remets mon
esprit...”. Elle sourit et expira.
16) Titre choisi par le Père Mariano Pinho, pour la première biographie
d’Alexandrina.
17) Deolinda témoigne : “Un jour, Alexandrina nous a demandé, en 1931, à
moi et à Sãozinha, si nous ne sentions pas, lorsque nous priions, cet
embrasement. Ayant reçu une réponse négative et pensant que cet état était
dû à sa maladie, demanda qu’on lui mette sur la poitrine un chiffon trempé à
l’eau froide. Elle constata, toutefois, que cela était inutile”.
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