
1904
30 mars
Mercredi-Saint
— Alexandrina Maria da Costa naquit à Gresufes, lieudit de la paroisse
de Balasar, distant d'environ 50 kilomètres de Porto, et faisant partie de
l'Archidiocèse de Braga. Et y fut baptisée le 2 avril, samedi saint.
1911-1912
Janvier 1911
Elle partit avec sa sœur Deolinda à Póvoa de Varzim habiter chez des amis
afin de pouvoir fréquenter l'école, car à ce temps-là il n’existait à
Balasar qu'une école de garçons. Ce fut à Póvoa qu'elle fit la première
Communion et à Vila do Conde — 3 kilomètres séparent les deux villes —
qu’elle reçut la Confirmation.
Juillet
1912
Elles retournèrent toutes deux à la maison. Au mois de novembre elle alla
habiter, avec toute la famille et toujours à Balasar, une maison qui se trouve
située au lieu-dit du “Calvário”.
1913-1917
Vers l'âge de 9 ans, elle commença à travailler dans les champs
et, plus tard elle dut travailler comme journalière pour gagner son pain. Au
travail elle adjoignit la prière. Puis, elle se vit nommée catéchiste et
membre de la chorale: elle avait une belle voix et aimait beaucoup la musique.
Elle tomba d'un chêne. Gravement malade elle commença alors à consulter les médecins,
cessant de travailler régulièrement. A 12 ans sa maladie était si grave que
les derniers sacrements lui furent administrés.
1918
Le Samedi-Saint, elle sauta par la fenêtre dans le jardin — et de
une hauteur d’environ quatre mètres — plutôt que de se laisser violenter
par trois hommes qui étaient entrés dans la pièce où, avec sa sœur et une
amie elle faisait de la couture.
Le commencement de sa myélite comprimée à l'épine dorsale, laquelle fut
reconnue plus tard par les médecins, date de cette chute. Il en résulta une
paralysie progressive la retenant au lit pendant 30 ans.
1922
Elle partit à Póvoa pour une cure marine (plage et bains de
soleil), mais son état empira.
Elle dut faire son premier voyage à Porto pour consulter le médecin spécialiste
Abel Pacheco, lequel informa le médecin traitant, docteur Garcia, que sa
patiente ne guérirait pas.
Pendant cinq mois consécutifs elle ne pût se lever.
1923
Au mois d’avril...
Elle commença à se lever et recommença à marcher s'aidant d'une chaise. Elle
restera ainsi levée pendant environ un an, souffrant beaucoup non seulement
physiquement mais aussi moralement à cause des moqueries de certains sur sa façon
de marcher et de s'asseoir. En cette année elle eut son premier grand chagrin :
la mort de sa grand-mère. Malgré tous ses efforts, elle ne put visiter sa
chapelle ardente.
1924
27 mars
Elle dut retourner à Porto pour une nouvelle visite médicale chez le spécialiste
Jorge de Almeida.
Au mois de juin elle participa, au prix d'un grand effort, au Congrès
Eucharistique National, à Braga.
1925
14 avril
Elle se mit au lit pour ne plus jamais se relever. Sa sœur Deolinda devînt son
infirmière et son assistante en tout: elle deviendra même sa secrétaire.
1928-1930
Ne réussissant pas à obtenir la grâce de sa guérison, elle
s'offrit comme victime pour le salut des âmes, “sentant toujours davantage
le désir d'aimer la souffrance et de ne penser qu'à Jésus seul.”
Elle dit alors à Jésus :
Mon bon Jésus, vous êtes emprisonné. Moi aussi, je le suis. Nous sommes
tous deux incarcérés. vous, pour mon bien et moi, enchaînée par vous. vous
êtes Roi et Seigneur de tout. Moi, je ne suis qu’un ver de terre. Je vous ai
négligé, ne pensant qu’aux choses du monde qui ne sont que perdition pour
les âmes, mais, maintenant, le cœur contrit, je ne veux que ce que vous
voudrez, je veux souffrir avec résignation. Ne me laissez pas sans votre
protection.
1931-1932
Elle composa son hymne en l'honneur des Tabernacles.
Hymne
aux Tabernacles
O
Jésus, je veux que chacune de mes douleurs, chaque battement de mon cœur,
chacune de mes respirations, chaque seconde de ma vie, chaque minute, soient
autant d'actes d'amour pour vos Tabernacles.
Je veux que chaque mouvement de mes pieds, de mes mains, de mes lèvres, de ma
langue, chacune de mes larmes, chaque sourire, joie, tristesse, tribulation,
distraction, contrariété ou ennui, soient autant d'actes d'amour pour vos
Tabernacles.
O Jésus, je veux que chaque lettre des prières que je récite ou entends réciter,
toutes les paroles que je prononce ou entends prononcer, que je lis ou entends
lire, que j’écris ou vois écrire, que je chante ou entends chanter, soient
autant d’actes d’amour pour vos Tabernacles.
Je veux que chaque baiser que je déposerai sur vos saintes images, celles de la
votre et ma sainte Mère, celles de vos saints et saintes, soient autant
d’actes d’amour pour vos Tabernacles.
O Jésus, je veux que chaque goutte de pluie qui tombe du ciel sur la terre, que
toute l'eau des océans et tout ce qu'ils renferment, que toute l'eau des
fleuves et des rivières, soient autant d'actes d'amour pour vos Tabernacles.
Je vous offre les feuilles de tous les arbres, et tous les fruits que sur eux mûrissent;
chaque pétale de toutes les fleurs; toutes les graines que contient le monde;
tout ce qu'il y a dans les jardins, dans les champs, dans les vallées, sur les
montagnes: tout cela je veux vous l'offrir comme autant d'actes d'amour pour vos
tabernacles.
O Jésus, je vous offre les plumes des oiseaux et leurs gazouillements, les
poils des animaux et leurs cris, comme autant d'actes d'amour pour vos
Tabernacles.
O Jésus, je vous offre le jour et la nuit, la chaleur et le froid, le vent, la
neige, la lune, le clair de lune, le soleil, les étoiles du firmament, mon
sommeil et mes rêves, comme autant d'actes d'amour pour vos Tabernacles.
Je veux que chaque fois que j'ouvre ou ferme les yeux, ce soit autant d'actes
d'amour pour vos Tabernacles.
O Jésus, je vous offre toutes les grandeurs, richesses et trésors du monde,
tout ce qui se passe en moi, tout ce que j'ai l'habitude de vous offrir, comme
autant d'actes d'amour pour vos Tabernacles.
O Jésus, le ciel et la terre, l'océan et tout ce qu'ils contiennent, je vous
les offre comme s'ils m'appartenaient et si je pouvais en disposer ;
acceptez-les comme autant d'actes d'amour pour vos Tabernacles”.
Et,
la récitation de cette prière lui causait des effets qu’elle ne comprit pas
tout de suite...
Écoutons-la :
“Pendant
que je faisais cette offrande à Jésus, je me sentais ravie, d’une façon que
je ne sais pas expliquer, et en même temps je ressentais une forte chaleur qui
semblait m’embraser. Cela me parut étrange, car les journées étaient plutôt
froides et, émerveillée, j’ai même regardé si mon corps ne transpirait
pas. C’est comme si l’on m’embrassait intérieurement. Cela me fatiguait
assez.”
Celui
lui parût tellement étrange, que, dans son innocence juvénile, elle demanda
à sa sœur Deolinda et à son amie Sãozinha, si elles ressentaient, elles
aussi, cette agréable sensation lors que leurs prières...
Plus encore, comme elle leurs expliqua qu’elle ressentait une chaleur assez
vive, on lui posa sur la poitrine des chiffons mouillés à l’eau froide...
1933
6 août
Le Père Mariano Pinho s j vint à Balasar prêcher un triduum. A cette
occasion Alexandrina obtint qu'il devienne son directeur spirituel.
18
octobre
Elle s'inscrivit dans les rangs des “Filles de Marie”.
20
novembre
Fût célébrée la première messe dans sa chambre.
Ce
même mois de novembre elle commença à souffrir de la perte des biens matériels,
suite à une hypothèque sur la maison et sur le terrain.
En effet, sa mère s'étant portée garante pour une personne de sa famille, et
celle-ci n'ayant pas pu rembourser la dette contractée, il fallut honorer la
caution.
Cette situation dura des années, et fut cause de grandes souffrances pour toute
la famille...
1934
Elle fit cette année le “vœu le plus parfait”.
6
septembre
Après la Communion, elle entendit Jésus l'inviter à participer à sa Passion,
mais d'une façon concrète, en se laissant transpercer les mains et les pieds
par le clous ; la tête, par la couronne d'épines.
« Donne-moi tes mains : je veux les clouer avec les miennes;
donne-moi tes pieds : je veux les clouer avec les miens; donne-moi ta tête :
je veux la couronner d’épines, comme ils me l’ont fait à moi ;
donne-moi ton cœur : je veux le transpercer avec la lance, comme ils ont
transpercé le mien; consacre-moi tout ton corps ; offre-toi toute à moi;
je veux te posséder entièrement ».
Cette invitation lui fût répétée le 7 et le 8 septembre.
Alexandrina accepta l'invitation, mais elle crut qu'il ne s'agissait là que
d'une augmentation de ses souffrances physiques; elle ne pensa pas un seul
instant qu'il s'agissait de choses surnaturelles.
A cette occasion elle se sentit fortement unie à Jésus :
« Il me parlait de jour comme de nuit... Il se confiait à moi... »
Alexandrina était convaincue que “souffrir, aimer, réparer” était une
inspiration qui lui venait de Jésus.
Les invitations de Jésus à participer à sa Passion se répétèrent plusieurs
fois pendant environ quatre ans, au cours desquels Il la prépara
progressivement au grand événement qui arrivera le 3 octobre 1938 :
Alexandrina vécut pour la première fois la Passion dans ses diverses phases.
14
octobre
Elle écrivit de son sang, obtenu par la piqûre qu'elle se fit sur la poitrine,
à l'aide d'une épingle, un serment d'amour à Jésus :
Avec mon sang, je vous jure de beaucoup vous aimer, mon Jésus. Que mon amour
soit tel, que je meure enlacée à la croix. Je vous aime et je meurs d’amour
pour vous, mon cher Jésus. Je veux habiter dans vos tabernacles. (Balasar,
14.10.1934).
1935
Jésus continua de lui demander de L'aider dans la Rédemption, par
ses souffrances.
Il lui demanda de se détacher du monde.
30
juin
Jésus, pour la première fois, lui fit part de son désir de voir le monde
consacré à Notre-Dame.
« En raison de l’amour que tu as envers ma très Sainte Mère,
communique à ton directeur spirituel la demande suivante: que chaque année un
acte de consécration du monde à Elle soit fait, un jour fixé et que l’on
demande à la Vierge sans tache de confondre les impurs, afin que ceux-ci
changent de vie et ne M’offensent plus davantage.
Comme Je l’ai demandé à Marguerite Marie la consécration du monde à mon
divin Cœur, ainsi Je te demande à toi, qu’il soit consacré à Elle, avec
une fête solennelle » (1).
1936
7 juin
Lors de la fête de la Très Sainte Trinité, eut lieu la mort mystique,
laquelle extérieurement se présente tout à fait comme une mort naturelle.
1937
Fin avril
Elle arriva au seuil de la mort : pendant 17 jours elle ne put rien avaler,
sauf l'Hostie consacrée.
31
mai
Elle reçut la visite du Père Antonio Durão, s j, frère du Provincial des Jésuites
du Portugal, en sa qualité d'envoyé du Saint-Siège pour la questionner sur la
consécration du monde à Notre-Dame.
Les assauts du démon s'intensifièrent. Dans son Autobiographie on peut
lire :
“Ce fut en juillet 1937 que le “boiteux” (nom qu'elle utilisait
pour désigner le démon), non content de tourmenter ma conscience et de me
souffler des choses affreusement ordurières, commença à me mettre en bas du
lit, aussi bien la nuit qu'à n'importe qu'elle heure de la journée...”
Jésus lui dit, à cette occasion :
« Le démon te haï, mais tu dois t’en réjouir, car tu connais la
raison. Si je le permettais, il te tuerait : mais je n’y consens pas. Je
suis le Seigneur de la vie et de la mort. Ta mort, en tout cas, ne sera qu’un
envol de la terre vers le ciel ».
Il est arrivé que le “boiteux”, comme l’appelait Alexandrina, la
jette en bas du lit, lui arrache les médailles qu’elles portaient sur elle.
Dans sa rage, le monstre infernal est allé jusqu’à lui voler son crucifix
pour le jeter dans la porcherie...
De la même façon il lui subtilisa une statue de la Sainte Vierge qu’il est
allé enterre dans la jardin, et que ne fut retrouve que quelques années plus
tard...
23
octobre
Elle entendit Jésus lui expliquer que ce genre de lutte avec le démon était
terminé. Il l'attaquera encore pour la faire horriblement souffrir, de telle façon
que les personnes qui la visitent ne s'en rendent pas compte.
1938
3 octobre
En extase, elle vécut la Passion pour la première fois, dès midi et jusqu'à
15 heures. Le Père Pinho était présent. Dans son livre ”No Calvário de
Balasar” (Sur le Calvaire de Balasar) il écrira : « nous les présents,
nous voyions se dérouler devant nos yeux le drame de la Passion de la façon la
plus concrète : Jardin des Oliviers, emprisonnement, tribunaux,
flagellation, couronnement d'épines, chemin du Calvaire, crucifixion, mort ».
Ce jour-là, était le jour de la fête liturgique de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus,
qu’Alexandrina considérait comme sa sœur spirituelle. Elle la vit à
deux reprises, lors de sa montée au Calvaire, au cours de cette première “Passion”.
24
octobre
Le Père Pinho, à la suite du phénomène de la Passion vécue par Alexandrina
chaque vendredi, se décida à écrire à Rome. Il fit donc parvenir une lettre
au Cardinal Pacelli — futur Pie XII — pour lui expliquer ce que Jésus
demandait instamment à sa fille spirituelle.
En effet, lors de plusieurs extases, Alexandrina avait
entendu Jésus demander et exhorter le Père Pinho à écrire au Pape au sujet
de la consécration du monde.
6
décembre
Alexandrina subit un nouveau voyage à Porto pour des radiographies. Elle
retourna chez elle le 11 du même mois.
26 décembre
Visite du docteur Elísio de Moura, psychiatre fameux, qui la traita
cruellement.
1939
5 janvier
Elle reçut la première visite du chanoine Vilar, envoyé par le Saint-Siège
pour enquêter sur la consécration du monde à la Vierge. Ce fût une “bonne
rencontre”. En effet, s'établissant à Rome, le chanoine va s’intéresser
à une telle consécration.
20
janvier
Jésus lui prédit la guerre comme châtiment pour les grands péchés :
Le monde est suspendu à un fil très fin... Ou le Pape se décide à le
consacrer ou le monde sera puni !...
28
juin
Comme déjà le 20 janvier et le 13 juin, elle entendit Jésus lui prédire la
guerre comme châtiment pour les grands péchés.
Alexandrina s’offrit comme victime pour la paix.
Toute l'année durant elle fut tourmentée par de violentes fièvres. À
certains moments elle crut perdre toutes ses facultés et resta sans pouvoir
parler. D'autres fois elle eut des douleurs si violentes qu'elle ne put même
pas s'alimenter.
Vers le mois de novembre, une bienfaitrice de Lisbonne, Fernanda dos
Santos, offrit la somme dégageant la maison de l'hypothèque. Le terrain ne fut
libéré qu'en 1941.
8
décembre
Fête de l'Immaculée Reine du Portugal dont l'église de Balasar possède une
merveilleuse statue — après l'extase de la Passion, elle fut atteinte d'une
colique qui dura une heure et demi.
1940
Cette année aussi, à plusieurs reprises, Jésus insista sur la consécration
du monde à sa Mère bénie.
En tant que victime expiatoire, Alexandrina souffrit elle même les peines des
damnés.
4
juillet
Elle s'offrit comme victime, avec d'autres âmes-victimes, pour obtenir qu'au
moins le Portugal soit épargné de la guerre.
Jésus accepta et s'empressa de répondre :
Cherchez
et vous recevrez ; demandez avec foi. Le Portugal sera sauvé: c'est Jésus
qui te le dit et Il ne trompe pas.
Et, c'est ce qui arriva.
15
septembre
Alexandrina écrivit deux lettres : une au Patriarche de Lisbonne, le
Cardinal Cerejeira, et l'autre au chef du Gouvernement, Salazar, pour leur
demander de faire ce qui était en leur pouvoir afin de freiner les débordements
de l'immoralité.
Elle se décida à cette démarche parce que le 12 septembre, pendant
l'extase, elle vit Jésus plus attristé que jamais, par l'état d'immoralité
et de manque d'amour de l'humanité.
6
décembre
Alexandrina entendit Jésus lui assurer que le Pape serait physiquement épargné
par la guerre: “le dragon orgueilleux et enragé qu'est le monde n'osera pas
toucher à son corps”.
1941
29 Janvier
Le docteur Manuel Augusto Dias de Azevedo, médecin au pays voisin : Ribeirão
do Minho, vînt pour la première fois auprès d'Alexandrina.
Après avoir assisté à plusieurs extases de la Passion, il comprit qu'il ne
s'agissait pas là d'un cas relevant uniquement de l'humain, mais aussi du
surnaturel. Il décida alors de l'étudier à fond. Il y mit toute sa science et
aussi tout son cœur. Devenant son médecin traitant : il devint ainsi en
quelque sorte son Cyrennéen jusqu'à la fin.
1er
mai
Le docteur Azevedo appela au chevet d'Alexandrina le docteur Abel Pacheco. Étant
donné que les deux médecins ne furent pas d'accord, la nécessité de recourir
à un éminent spécialiste fut avancée. On fit appel au docteur neurologiste
Gomes de Araujo.
Le docteur Azevedo voulut que toute lumière fut faite sur le cas afin de
pouvoir défendre Alexandrina de l'accusation que celle-ci ne serait qu'une
simulatrice. “Une paralysée qui peut se mouvoir toute seule lors des extases
de la Passion !”
15
juillet
Elle dut supporter un 4e voyage à Porto.
29
août
Le Père José Alves Terças assista à l'extase de la Passion et en rédigea le
déroulement dans un article qu'il publia.
A la fin de l'extase, Alexandrina fut désolée de cette décision et eut le
pressentiment de tout ce qui se dirait. En effet, la publication de cet article
déclencha l'éloignement de son directeur, le Père Pinho, et mit le public au
courant de choses si intimes.
1942
3 janvier
A l'approche de l'écartement de son directeur (ce qu'elle pressentit plusieurs
fois lors des dernières extases) elle entendit Jésus lui dire :
« L'heure de me donner la plus grande preuve d'amour et d'héroïsme
est arrivée: marche sans lumière, en complet abandon. Tout sera mort en toi... »
7
janvier
Alexandrina reçut la visite d'adieu du Père Pinho.
27
mars
Elle revécut pour la dernière fois — de façon visible — la
Passion: c'était le vendredi de Notre-Dame des Douleurs.
“Et par la suite, tous les vendredis, encore que sans les mouvements, elle
continua de revivre la Passion de Jésus, pendant laquelle elle souffrait bien
souvent davantage qu'auparavant — écrira le Père Pinho dans sa biographie
“No Calvário de Balasar”.
3
avril
Vendredi-Saint. Commencement d’une nouvelle mort mystique, avec des caractéristiques
différentes de la première : toute spirituelle. “Le Vendredi-Saint
j’ai commencé à me sentir morte sur le Calvaire” — fit-elle écrire dans
son Journal.
13
avril
A cette date commença le jeûne total accompagné d'une totale anurie, lequel
durera jusqu'à sa mort.
Les conditions physiques s’aggravèrent au point que le curé lui administra
les derniers sacrements; il continue à lui donner chaque jour la sainte Hostie.
Alexandrina dicta ses dernières dispositions au sujet de ses funérailles et de
sa sépulture.
31
octobre
Finalement, à l'occasion du 25e anniversaire des apparitions de
Fatima — le Pape Pie XII fit, en langue portugaise, la consécration du monde
au Cœur Immaculé de Marie, consécration qui sera répétée solennellement à
Saint-Pierre de Rome, le 8 décembre de la même année.
Alexandrina reçut de Fatima, à cette occasion, un télégramme du Père Pinho
lui annonçant la bonne nouvelle.
“J’ai récité le Magnificat et j’ai allumé un cierge en l'honneur de
Notre-Dame”, peut-on lire dans la lettre envoyée au Père Pinho le 7
novembre.
1943
Du 10 juin au 20 juillet
Alexandrina resta internée à l’Hôpital de Foz do Douro (près de Porto)
pour être examinée et contrôlée au sujet de son jeûne et de son anurie.
Le directeur de l'Institut, le docteur Gomes de Araujo, après avoir constaté
quarante jours durant sous la plus stricte surveillance, qu'il n'y avait aucune
simulation, en la congédiant lui dit: “Je viendrai vous revoir à Balasar,
non plus comme médecin ou espion mais comme ami qui vous admire”.
Et à l'automne de cette même année il se rendit à son chevet.
La conséquence de cette reconnaissance officielle du jeûne et de l'anurie fut
que beaucoup de personnes, y compris des prêtres, s’intéressèrent au cas et
vinrent lui rendre visite. Parmi ceux-ci le Révérend Docteur Gigante (lequel
fut nommé plus tard Président de la Commission pour le Procès Diocésain de béatification),
lequel restera pour toujours son ami, même quand il devint archevêque.
Vers la fin du mois d’octobre, elle souffrit, en tant que victime, les peines
du Purgatoire.
10
octobre
Elle entendit de la Bouche même de Jésus la confirmation de la non
participation du Portugal à la guerre.
31
octobre
Elle commence à vivre les peines du Purgatoire.
1944
16 juin
A cette date, tomba, pour Alexandrina le verdict d'une Commission d'enquête
composée de trois théologiens nommés par l'Archevêque de Braga afin d'étudier
le cas de la “malade” de Balasar: Cette Commission ne trouva rien de
surnaturel ni de miraculeux et, cela malgré la poursuite du jeûne et de la
complète anurie !
25
juin
L'Archevêque de Braga publia une Circulaire dans laquelle il invitait à garder
le silence sur les présumés faits extraordinaires attribués à Alexandrina et
interdit les visites à celle-ci même à titre d'observation sur le point de
vue religieux.
Ceci ressemble, de plus en plus, à un genre de “persécution” de la part
des membres de la hiérarchie ecclésiastique de Braga.
En effet, l’un des membres de la Commission, informé par des ragots et non
pas par une étude sérieuse, voulait à tout prix faire taire la “malade”
de Balasar.
Il
fut, plus tard — lors du procès diocésain — un témoin courageux et
humble, ayant compris la portée profonde et le message authentiquement ecclésial
de la sainte fille de Balasar.
21
juin
Se produisit la première rencontre avec le salésien Dom Umberto Maria
Pasquale, lequel devînt son deuxième directeur spirituel à partir du 8
septembre.
15
août
Elle s'inscrivit parmi les Coopératrices Salésiennes.
Au mois de décembre Jésus, pendant une extase, l'appela “mère des pécheurs”
et, avec Notre-Dame, lui mit dans le cœur l'humanité entière, la lui
confiant.
8
septembre
Le Père Umberto Maria Pasquale, salésien, devient son Directeur spirituel, en
remplacement du Père Mariano Pinho, s j.
1945
Son état de santé devint de plus en plus préoccupant, y compris un
malaise aux yeux : ceux-ci ne supportent plus la lumière.
Comme si le Seigneur voulait la récompenser de tant de souffrances... Comme
s’il voulait lui apporter un peu de baume au cœur, il lui accorder des
faveurs sublimes... comme celle-ci que nous pouvons lire dans son journal du 2 février :
“Le vendredi est arrivé ; triste vendredi ! J’ai vu ma croix;
il était encore tôt. On la préparait avec soin: elle était nécessaire,
quelle que soit la sentence que j'ai dû recevoir.
Dans mon âme je ressentais une mansuétude, une bonté inégalable. En même
temps, contre cette mansuétude et cette bonté, je ressentais la haine, la rancœur,
le mépris et une autorité orgueilleuse: un orgueil cynique.
Des bêtes féroces contre l’Agneau, le plus petit et le plus innocent! Quelle
douleur pour lui, lui si débordant de bonté ! Avant même que la sentence
ne soit prononcée contre l’Agneau innocent, j’ai senti que cette autorité
là, avec une fureur diabolique, se déchirait les habits de haut en bas...
J’ai monté avec peine la montagne du Calvaire, en ayant l’impression
d’expirer. J’ai crié continuellement :
Père, Père, toi aussi tu m’abandonnes ? Toi aussi tu m’abandonnes ?
(2)
Mon sang coulait.
Le soleil, honteux, s’est caché à la vue de tant de malice. Et moi, déshabillé,
dans une grande confusion, je restais là, sur la croix, sous les regards de la
canaille la plus vile! Mes habits ont été tirés au sort et partagés... (3)
Mon âme tremblait de douleur et de peur, comme le corps tremble à cause du
froid.
A haute voix toujours j’appelais Jésus. Il est venu apportant un soleil
radieux et ardent. Les tremblements de mon âme ont cessé, ainsi que la peur et
toutes les douleurs: j’avais retrouvé la paix, je n’avais plus que lumière
et amour. Le cœur a commencé à revivre une vie que je ne sais pas expliquer.
La poitrine est devenue un vrai incendie. Quel bonheur j’ai pu vivre pendant
longtemps !...
J’ai entendu des hymnes merveilleuses; je ne comprenais pas très bien, mais
je sais qu’elles étaient adressées à Jésus au très Saint-Sacrement.
J’ai entendu les paroles “Corpus Jesus Christi” et je me suis aperçue que
Jésus se donnait à moi et m’unissait toujours davantage à lui.
Les anges continuaient de chanter : de ce chœur d’anges sortait un canal
qui arrivait jusqu’à moi, me communiquant des flammes de feu et bien
d’autres choses.
Jésus m’a dit alors :
« Ce
canal, (4) ma fille, descend du Cœur
de la tienne, et ma Mère bénie. De celui-ci tu reçois la très grande
abondance de notre amour; tu reçois nos grâces, vertus et dons: richesse
divine et tout ce qui est du ciel. De son Cœur tu reçois la vie pour vivre, la
vie pour la donner aux âmes. C’est cette rosée, le sang que tu sens tomber
sur l’humanité; c’est une fusion de mes richesses, de mes grâces et de ta
souffrance. Tu es une nouvelle co-rédemptrice.
Je te communique tout à travers le canal de ma Mère bénie: c’est à vous
qu’il appartient de sauver le monde. » (5)
Nous
sommes tous concernés, tous appelés à participer à la Rédemption du genre
humain. Le Seigneur veut avoir besoin de nous, non point que sa participation et
son sacrifice aient été insuffisants ou incomplets, mais parce que tous, nous
faisons partie de ce corps mystique qu’est l’Église, irriguée par le Sang
Rédempteur du Fils de Dieu.
La Communion dont Alexandrina nous a fait le récit, s’est déroulée lors de
la Passion qu’elle vivait chaque vendredi...
Au contraire des autres fois où Alexandrina a été communiée par les Anges et
que le mot “nostri” était prononcé, cette fois-ci, il ne le fut pas, car
ce fut Jésus Lui-même qui s’est donné à son épouse.
Un autre vendredi, au cours d’une autre Passion, la sainte fille eut une
vision, vision terrible qui nous rempli de terreur, surtout si l’on considère
la date à laquelle elle eut lieu : 1945. Bien longtemps avant que le
Concile du Vatican II n’ait lieu et que des décisions précipitées,
quelquefois, ne soient prises. Écoutons et méditons :
« Quel
feu dans mon cœur !... Il me brûle tellement qu’il semble le détruire.
Combien je donnerais, combien j’aimerais souffrir pour obtenir que ce feu soit
le mien et qu’il soit un feu d’amour pour Jésus. Je veux de l’amour, je
veux de l’amour pour le donner au monde afin qu’il aime uniquement Jésus.
Pauvre comme je suis, je n’ai rien à lui donner; je ne sais pas comment
l’acquérir, je ne sais pas comment le confier à Jésus. Je le vois
s’enfuir: il fuit vers un autre monde, un monde de perdition.
Je reste les bras ouverts et les yeux levés vers le ciel.
Comment remédier à ce mal ?
Ô Jésus, veillez sur le monde que vous m’avez donné et confié,
gardez-le, il est à vous, uniquement à vous ! Donnez-moi votre amour afin
qu’ainsi je puisse le conquérir.
De grandes, de très grandes inquiétudes montent de la terre vers le ciel.
Mon Dieu, je vois les âmes pleines de lourdeur et les corps détruits par la lèpre:
conséquences du péché. Quelle lumière, celle qui m’oblige à tout voir!...
À quel extrême le monde est réduit !... Doux Jésus, votre divin Cœur
n’en peut plus !...
Je me sens placée entre le monde et Jésus afin d’éviter que la méchanceté
des hommes ne blesse son Cœur si aimant.
Flagellation, épines et mauvais traitements me blessent. Je ne vois pas Jésus
mais je le sens comme opprimé, rempli d’épouvante et qui attend les coups de
cette chaîne de méchanceté.
(...)
Sans même avoir pensé à la Cène de Jésus avec ses disciples, je me suis
sentie à table.
Mon cœur était le calice, le vin et le pain. Tous venaient manger et boire
à ce calice. À partir de cet instant cette Cène allait se répéter. Mais
quelle horreur ce que j’ai vu !... Tant de Judas buvant et mangeant
indignement !
Que de langues sales! Pire encore: combien de mains indignes distribuant ce
pain et ce vin ; des mains indignes et des cœurs démoniaques.
Quelle horreur mortelle !... J’en ai éprouvé tant de douleur et tant
d’horreur au point de croire que mon âme allait fondre et le cœur se briser.
Je ne sais pas mieux exprimer ce que j’ai vu, ce que j’ai souffert. Et avant
tout autre chose, l’amour de Jésus, un amour indicible; un amour que l’on
ne peut évaluer qu’après l’avoir expérimenté... » (6)
Ces
textes se passent de commentaires, ou presque...
Il faut remarquer tout de même, que ce texte, datant de 1945, a pu paraître
incompréhensible pour ceux qui à cette période du XX siècle ne se doutaient
pas que ceci se réaliserait quelques années plus tard.
En effet, de nos jours, tous et n’importe qui, peuvent distribuer la Communion
et que rares sont ceux qui se confessent pour recevoir le Sacrement de
l’Amour. Cette affirmation peut et doit être considérée comme une vraie
prophétie de la servante de Dieu.
Afin qu’il n’y ait pas d’équivoque, je dois vous informer que tous les écrits
d’Alexandrina ont été analysés, à Rome, par trois équipes différentes de
théologiens, et qu’ils n’ont rien trouvé à y redire...
Depuis le mois d'août et, ceci pendant environ trois mois, elle perdit
quotidiennement du sang.
L'action du démon s'intensifia, ce que Jésus continua de permettre comme forme
de réparation: l’une des plus douloureuses.
1946
Au mois de mai...
Comme nouvelle forme de réparation, elle vécut le tourment des odeurs nauséabondes,
signe du péché.
20
juillet
Se croyant proche de la mort, elle écrivit de sa propre main, avec beaucoup
d'efforts, une lettre-testament adressée à tous les pécheurs.
Depuis cette année et jusqu'à sa mort elle ressentit même en dehors des
extases de la Passion, de jour comme de nuit, les douleurs de ses stigmates —
lesquels, à sa demande, restèrent toujours invisibles.
Fin
septembre...
Les articulations se déboîtèrent tellement que le 3 octobre, anniversaire de
la première crucifixion, le docteur Azevedo la fit mettre sur des planches et
banda ses bras les plaçant sur deux reposoirs en forme de “S”, pour les
attacher ensuite au chevet du lit.
Novembre...
Elle dut subir de nouveaux examens médicaux.
1948
14 juillet
Alexandrina écrivit, toujours de sa propre main, le deuxième testament
spirituel adressé aux pécheurs, choisi par la suite comme épitaphe pour sa
tombe.
23
septembre
Elle reçut la dernière visite de son deuxième directeur, obligé de retourner
en Italie. Toutefois, elle lui envoya toujours son Journal, écrit par obéissance,
jusqu'à la mort.
En décembre le secrétaire de l'Archevêque de Braga, le docteur Sebastião
Cruz, professeur de l’Université de Coimbra vint la visiter. Il fut très
favorablement impressionné: Il la réconforta et revînt diverses autres fois
la visiter.
1949
Son état physique continua d'empirer: elle fut souvent atteinte de
fortes fièvres accompagnées de douleurs aiguës.
Son état spirituel, s'intensifia de plus en plus. Elle reçut de Jésus la
confidence comme quoi sa mission était pour les âmes et qu'au ciel elle la
continuerait.
1er
octobre
La Vierge du Rosaire lui apparut. Elle lui apporta le Rosaire avec lequel elle
doit attacher le monde.
Pendant les années qui suivront, des apparitions analogues se répéteront.
1950-1952
10 mars 1950
Alexandrina a la vision de l’enfer :
« J'ai vu l'enfer ouvert, d'où sortaient d'épouvantables flammes.
J'ai entendu des rougissements et des cris impossibles à décrire. »
14
avril 1950
Elle fêta ses noces d'argent de grabataire : Une messe fut célébrée
dans sa chambre.
La souffrance acceptée avec amour, demandée avec la plus humble et amoureuse
ferveur, l'élevèrent à une telle hauteur d'imitation du Christ qu'un jour
elle reçut de Jésus cette confidence :
Tu as la vie, tu as l'amour: tu vis comme Jésus et aimes comme Jésus: tu
vis ma vie, tu aimes avec mon amour. (7)
Les gens qui venaient la visiter affluaient de plus en plus et, à leur
encontre, l'Archevêque de Braga publia, en septembre 1952 une interdiction de
ces visites.
Mais fin novembre de cette même année 1952, cette note fut annulée, sous
l’insistance des prêtres.
Le nombre de visiteurs augmenta de nouveau : sa mission d'évangélisation
était en plein essor : porter les âmes à Jésus.
Dans le même temps, en tant que victime dont la mission est avant tout la réparation,
elle endura encore une autre souffrance, parmi les plus graves et douloureuses :
elle sentit l'inutilité de toute sa vie, de toute son oeuvre, de l'offrande de
toute sa souffrance.
1953
Cette année fut une année exceptionnelle en ce qui concerne l'évidence
surprenante de l'action divine sur Alexandrina: ce n'est que d'en-Haut, en
effet, que pouvait lui venir une telle condition physique, une telle force pour
supporter le poids de tant de fatigues accumulées à la suite des milliers de
visites qu'elle reçut en cette période. Ils passaient devant son lit par
groupes.
25
mars
Plusieurs centaines...
9
mai
Environ 2.000... Pendant 9 heures et demi avec un arrêt de 45 minutes...
5
juin 5.000... visiteurs
6
juin 6.000... Pendant 12 heures avec un arrêt de 45 minutes également.
29
juin Environ 15.000...
Elle leur parla des choses du Ciel, les stimula au repentir, des heures durant.
Pendant l'extase du 15 mai elle entendit Jésus lui dire :
“Tu vis la vie publique de Jésus. Courage, courage, épouse très chère !”
Et voici comment Alexandrina supporta cette marée, marée qui lui causait
non seulement beaucoup de la fatigue mais aussi beaucoup de la répugnance parce
qu'elle se sentait indigne d'être l'objet de tant de visites et craignait d'être
prise pour meilleure qu'elle ne l'était en réalité. Dans son Journal on peut
lire :
« Le fait même de recevoir tant de milliers de baisers des personnes qui
s'approchent de moi, je décidai de l'offrir à Jésus, comme si ceux-ci étaient
déposés sur son Front, Lui demandant de bien vouloir les accepter comme autant
d'actes d'amour pour les Tabernacles, pour l'honneur et la gloire de la Très
Sainte Trinité et de la Maman, et de tout reverser sur les visiteurs ».
Dans cette période de sa vie beaucoup de personnes étaient admises dans sa
chambre, parmi lesquelles des prêtres, y compris pendant l'extase du vendredi;
cela donnait un caractère public aux extases. Cela causait une souffrance supplémentaire
à Alexandrina Maria :
« Les humiliations me couvraient les yeux: le fait de me sentir entourée
de monde, me procurait, pour ainsi dire, la mort », dit-elle dans son
Journal du 6 novembre.
A la suite de ces extases, quand Alexandrina finissait de revivre la Passion,
elle sentait en elle Jésus ressuscité qui, à travers ses lèvres s'adressait
à l'humanité, aux pécheurs, d'une façon attristée et solennelle.
Alexandrina parlait longtemps avec chaleur, fréquemment elle chantait les beautés
et les exhortations de Jésus. Elle chantait des hymnes de louange, d'action de
grâces, de repentir, de supplique. D'autres fois elle chantait en colloque avec
Jésus qui lui demandait son amour et elle Lui en offrait.
Certaines de ces extases sont enregistrées.
Lors de ces extases publiques on comprenait d'une façon très claire la volonté
de Jésus à démontrer l'intervention du surnaturel: en dehors de ces moments-là,
Alexandrina faisait un très grand sacrifice pour parler : “à chaque
mouvement des lèvres on dirait qu'un jet de sang s'échappe de mon cœur pour
arriver à mes lèvres”, dit-elle dans son journal du 30 janvier. D'autres
expressions analogues se trouvent à différentes autres pages de ses écrits.
25
décembre
Elle eut sa dernière extase publique :
“Je suis descendu du ciel et me voici pour la dernière fois dans le cœur
de mon épouse pour parler à travers ses lèvres.”
Cette extase se termina par un chant d'adieu et de au revoir au Ciel.
1954
Son état physique continua d'empirer. Elle devint presque aveugle :
“le corps ressemble à l'âme: il n'a pas de vie, pas de lumière”,
peut-on lire encore dans son Journal du 24 décembre.
Au mois d'avril de cette même année ce fut le 12e anniversaire du
commencement de son jeûne. Elle entendit de Jésus ces paroles :
“Ma
fille, Je t'ai placée dans le monde et Je fais en sorte que tu vives uniquement
de Moi pour prouver au monde ce que peut l'Eucharistie, ce qu'est Ma vie dans
les âmes: lumière et salut pour l’humanité.”
Elle
ne vivait que de la Communion quotidienne.
Le jeûne la faisait souffrir: la nostalgie de l'aliment solide. Mais
Alexandrina souffrait bien davantage d'un autre genre de faim: la faim que le
monde avait de ses souffrances de victime pour se sauver et la faim d'âmes dont
souffrait Jésus.
Jésus lui ayant souvent dit que sa souffrance sauvait les âmes, les
alimentaient et en même temps leurs donnaient vie, Alexandrina avait donc
l'impression d'être avidement dévorée par les pécheurs.
C'est très impressionnant et en même temps très claire ce qui se lit dans une
lettre écrite au Père Pinho le 12 décembre :
« Nouveau
martyre pour mon âme. Elle est comme une tige effeuillée; à ses fibres
sanguinolentes ils viennent sucer tout mon être, tout mon sang et s'accrochent
à ces fibres : il s'agit pourtant d'un être qui a la taille du monde, mais ils
arrivent en bandes, ils sont très nombreux. Mais ce quelqu'un qui représente
le monde et les autres qui se présentent en bandes ont des mains avec des
griffes, des yeux hagards, des cheveux en désordre, ce sont des affamés,
insatiables, ce sont de vrais squelettes.
Je n'ai plus de sang, je n'ai plus rien à leur donner. L'âme se fatigue et
meurt de faiblesse.
Mais celle-ci aussi a une faim infinie, ce qui vient augmenter le tourment de
mon corps. Cette faim de l'âme est causée par la nostalgie de l'alimentation:
j'ai la nostalgie de tous les aliments, de tous; et même quand je me sens
rassasiée, je sens un vide que seul le monde pourrait remplir...
Jésus, lors d'un extase me dit que ce que je ressens dans mon âme c'est le
monde, ce sont les âmes qui voient déjà les peines de l'enfer, qui
s’agrippent aux fibres de mon âme afin de sucer tout mon sang pour éviter de
se perdre. Et quelle faim infinie est la Sienne » (faim d'âmes).
1er
octobre
C’était le premier vendredi du mois, après la Passion, Jésus lui apparut.
De ses plaies sortaient des rayons de lumière, lesquels allaient frapper les
plaies de ses pieds, des ses mains et de son cœur. Elle entends Jésus lui dire :
“Comme je l'ai demandé à Marguerite-Marie [Alacoque], je veux
que toi, à ton tour, tu fasses se développer dans le monde cet amour éteint
dans le cœur des hommes... Fais, ô mon épouse, fais que se propage dans le
monde entier cet amour de nos Cœurs.” (de Jésus et Marie).
Pendant cette dernière période de sa vie, elle expia de façon particulièrement
douloureuse les péchés contre la foi et contre l'espérance, bien qu'elle fut
tourmentée par les doutes sur la foi jusqu'en 1939.
1955
7 janvier
Jésus lui fit comprendre qu'elle mourrait en cette année.
Le secrétaire de l'Archevêque de Braga, le Père Sebastião Cruz qui la
compris fort bien, la visita souvent en cette période, pour la réconforter.
La lutte pour la foi continua toujours intensément.
Dans son dernier Journal, le 2 septembre l'on peut lire :
« Dans une angoisse lancinante je répétais mes actes de foi: “Je
crois, Jésus, je crois que c'est pour moi que vous êtes né, que c'est pour
moi votre Jardin des Oliviers, votre Calvaire. Je crois, je crois, Jésus, je
crois ! »
Mon abîme était noir et si profond que seul Dieu pouvait y pénétrer: c'est
que fit Jésus. Il est descendu jusqu'à mes profondeurs, ramena à la
superficie mon pauvre être et l'illumina avec quelques rayons de Sa lumière.
« Viens ici, Ma fille, lumière et flambeau du monde! Toi qui es ténèbre
inégalable, tu es lumière qui brille, phare que tout illumine: la ténèbre
est pour toi, la lumière, elle est pour les âmes.
Viens
ici, lumière dont Je suis la source, phare dont Je suis le phare ».
Alexandrina
Maria, qui avait reçu la mission de veiller sur les Tabernacles abandonnés,
avait un très grand amour pour l’Eucharistie et, pour cette raison même,
elle avait demandé au Seigneur de prendre son âme en un jour consacré à
l’auguste Sacrement, mais elle avait aussi exprimé le désir de mourir en un
jour consacré à la Sainte Vierge, envers qui elle avait un très grand amour
filial.
Jésus,
qui aimait la vierge de Balasar d’un amour tout particulier, n’a pas manqué
de lui accorder ces deux grâces...
Le
13 octobre 1955 Alexandrina, dans la paix et le sourire aux lèvres,
rendit sa belle âme à Dieu.
Ce
jour-là était un jeudi, jour où Jésus institua le Sacrement de l’Amour,
lors de sa dernière cène avec ses disciples. Mais, le 13 octobre est
aussi la date anniversaire de la dernière apparition de la Sainte Vierge à Fatima.
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